Thibaut Marien et Véronique Boulnois, respectivement maraîcher et boulangère (91)

Thibaut Marien et Véronique Boulnois, respectivement maraîcher et boulangère

«On passe toujours un peu pour un hurluberlu à faire du bio, mais ça passe beaucoup mieux, parce que maintenant on est nombreux.»

Issu d’une famille de producteurs conventionnels, Thibaut Marien, maraîcher bio a décidé de se tourner vers l’agriculture biologique en 2005. Il est installé à Milly-la-Forêt sur 11 ha avec sa compagne, Véronique, meunière et boulangère bio, qui transforme en pain les céréales de ses rotations. Depuis leur installation, le frère de Thibaut, Frédéric et 3 autres producteurs bio ont rejoint la plaine de Milly.

Thibaut, quel est ton parcours vers l’Agriculture Biologique ?

La famille Marien s’est installée en 1946 à Milly la Forêt en polyculture élevage. Ils se sont ensuite orientés plus sur les légumes. On était 3 frères à travailler sur la vente de légumes à Rungis. En 2005, j’ai eu envie de changer de système : la vente aux grossistes ne me convenait plus, j’avais envie d’un système plus proche des consommateurs et de cultiver d’une manière différente sans pesticides. Et puis mon père, des agriculteurs autour aussi avaient des problèmes de santé.
J’ai commencé une Amap à Villejuif en 2006, en restant dans l’exploitation familiale et en 2007, je me suis installé sur 4 ha pour ne faire que du bio.

Etais-tu inquiet de passer en agriculture biologique ?

Au départ, j’avais peur de ne pas arriver à lutter contre les ravageurs, les maladies. Quand tu démarres tu as peur de tout, tu te dis qu’il va y avoir plein de pucerons dans les salades, du mildiou partout. Avec mes frères, on avait des grandes surfaces de salades donc quand tu avais une invasion ça contaminait à plein et fallait faire des traitements insecticides régulièrement. Là le fait de faire des petites surfaces et d’avoir des légumes beaucoup moins poussés à l’engrais, ça attire aussi beaucoup moins le puceron, si je prends l’exemple des salades. Et pour le reste on arrive à surmonter avec des pulvérisations de purins. J’utilise un peu de fumier de cheval et je fais pas mal d’engrais vert pour apporter de la matière organique.

As-tu été accompagné et comment à l’époque ?

Au tout départ, je me suis appuyé sur le réseau Amap IdF, ensuite sur le GAB IdF pour pour les conseils et pour le lien avec les autres maraîchers pour comparer nos techniques et avoir des expériences différentes.

Quels sont les débouchés ?

Les débouchés, c’est 75% Amap (120 paniers par semaine sur 48 semaines de distribution sur l’année), le reste c’est des magasins Biocoop, la Coopérative Bio d’Ile de France pour certains légumes et un restaurant à Milly.

A quel moment Véronique entres-tu dans l’exploitation ?

On a commencé l’activité pain en avril 2011. Comme Thibaut cultive des céréales pour ses rotations, on s’est dit que, tout naturellement, on pouvait les transformer en farine et en painet en proposer aux gens qui prennent des paniers.

C’était aussi pour moi l’occasion d’une reconversion professionnelle. J’étais dans l’enseignement, ça me plaisait, mais je n’étais pas sure d’avoir l’énergie d’être « prof » jusqu’à ma retraite. Le fait de travailler sur place a un côté séduisant pour la vie de famille. On ne se voyait pas tant que ça quand je travaillais à l’extérieur. Là même si on n’est pas sur la même activité et heureusement peut-être, c’est assez complémentaire.

On a tout mis en place, on a fait un agrandissement du bâtiment. On a fait construire un four sur le modèle d’un ancien four à pain. On a acheté le moulin, le four, les cellules, le trieur. On a demandé des aides européennes, par l’intermédiaire du Parc Naturel du Gâtinais.

Thibaut souhaites-tu développer davantage ?

Non, ça fait quand même pas de travail. Il y aurait de quoi par rapport à la surface, mais il faudrait plus de personnes, là on est 4 au total et ça me convient.
Depuis 2010, 2011, on arrive à prendre une semaine en été en se faisant remplacer par notre employé et on prend une semaine à noël, une en février. C’est déjà bien par rapport à ce qu’on prenait avant.

Vous êtes les plus anciens en bio à Milly la Forêt, ça fait du bien de ne plus être seuls bio dans la plaine ?

Oui ça fait du bien. On échange beaucoup par téléphone avec les autres maraîchers. Parfois c’est pour un renseignement et puis ça dure une demi-heure parce qu’on parle de tout un tas de cultures. On se prête du matériel, on fait des commandes groupées pour des plants, du terreau, on se dépanne sur des graines…, et on se voit assez régulièrement.
On passe toujours un peu pour un hurluberlu à faire du bio, mais ça passe beaucoup mieux, parce que maintenant on est nombreux.

Propos recueillis par Fanny Héros

Extrait de l'entretien publié intégralement dans le Francilien Bio (n°47)

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